Vous vivez déjà avec un chien et vous envisagez la possibilité d’en adopter un deuxième (ou de cohabiter avec une personne ayant déjà un ou plusieurs chiens) : cet article est fait pour vous ! Mise en garde : je ne suis pas vétérinaire comportementaliste. Je parle ici en fonction de mon expérience et il y a sûrement d’autres possibilités ou d’autres idées dont vous pouvez profiter !
Vous trouvez que Toutou s’ennuie un peu tout seul à la maison, et vous vous dites qu’un petit frère ou une petite sœur serait une bonne idée ? Avant de sauter le pas, mesurez bien l’impact qu’un deuxième chien peut avoir sur lui : votre chien a-t-il des insécurités, fait-il de la protection de ressource, est-il réactif dans certaines situations, est-il anxieux ?
Si oui, il peut être intéressant de travailler ces points avec lui AVANT d’adopter un deuxième chien. En effet, si certains aspects peuvent être améliorés par la présence d’un congénère, d’autres peuvent être aggravés par un autre animal. De plus, il est probable que vous ayez moins de temps à consacrer au premier chien une fois le deuxième arrivé, surtout s’il s’agit d’un chiot.
Exemple personnel : j’ai adopté ma deuxième chienne lorsque ma première était assez jeune, elle avait environ un an et demi. C’était une chienne un peu timide mais plutôt bien dans ses pattes, bien codée en termes de communication canine, et qui avait un tempérament de « suiveur » et pas de meneur. Elle s’est subitement retrouvée dans la position de « maman-chien », c’est-à-dire d’adulte référent pour le chiot qui venait d’arriver.
Elle a endossé ce rôle parfaitement vis-à-vis de la petite sœur, mais au prix d’une plus grande anxiété et d’une phase de régression dans ses apprentissages et son comportement. Il m’a fallu davantage travailler avec elle toute seule, et avec les deux chiennes ensemble, pour qu’elle reprenne confiance en elle et retrouve de la sérénité.
Ce point paraît assez évident, mais est souvent sous-estimé. Si vous envisagez de vivre avec plusieurs chiens à la maison, cela implique plus de croquettes, de jouets, de colliers, harnais, paniers, et… de frais vétérinaires divers : vaccins, antiparasitaires… Mais pas que : petits et gros bobos sont à anticiper, car Kiki 1 et Kiki 2 ne vont pas forcément se concerter pour ne pas tomber malades en même temps ! Dans certains cas, prendre une assurance pour ses chiens peut s’avérer utile (selon les prédispositions raciales, l’âge ou le gabarit du chien, les dépenses peuvent être assez importantes).
Il vaut parfois mieux attendre un peu avant de prendre un deuxième chien, plutôt que de devoir faire des concessions sur la qualité de l’alimentation ou des soins vétérinaires.
Chaque chien est différent. Bien sûr il y a un tempérament « général » de race, que vous allez choisir, pour faire du sport, parce que le caractère vous plaît, pour vous accompagner partout, vous tenir compagnie. Mais au sein d’une même race, il y a toujours des tempéraments très différents. N’oubliez pas que, même si vous prenez un chien de la même race que votre premier, il y a fort à parier qu’il soit complètement différent !
Un jeune chien a souvent plus d’énergie qu’un chien âgé. Si votre premier chien est très âgé, ou à l’inverse si vous avez un chien adulte actif et que vous adoptez un chiot de deux mois, vous devrez vous adapter en termes d’activité, et prévoir des temps « solo » avec chaque chien pour que la durée et la difficulté de la balade ou de l’activité physique soit en adéquation avec son âge et son tempérament.
Là encore, ce besoin est très individuel. Personnellement, je vis avec 3 border collies d’âges et de personnalités très différentes, une croisée griffon très calme, et une ESD (European Sled Dog = mélange de races de chiens de course). À 13 ans, ma vieille border collie me demande toujours des activités mentales ou un lancer de balle même après une grande balade. A l’inverse, mon ESD va se poser sur le canapé pour faire la sieste après une balade ou un entraînement (non sans exiger sa gamelle au préalable !).
Et pour ma croisée griffon, une seule balade dans la journée suffit, point trop n’en faut ! Cependant elle est très friande d’activités de réflexion (flair, « obéissance », puzzle feeders). Laissez tomber les puzzle feeders avec mamie border, qui va préférer la rapidité et envoyer valser le bazar pour tout sortir d’un coup, ou avec madâme l’ESD, qui va vous regarder et vous demander d’ouvrir les tiroirs vous-même !
Si vous avez dans votre groupe de chiens des jeunes, des vieux, des chiots… Vous comprendrez aisément qu’on ne peut pas faire 1h de randonnée par jour avec tout le monde. Bien sûr on peut prévoir des balades communes, c’est même plutôt positif car les chiens sont souvent contents de tous nous suivre. Mais il faudra les adapter : on fait une petite balade avec bébé chien et papi chien, et on ressort avec les jeunes adultes pour un entraînement ou une autre balade, de l’agility…
Et on n’oublie pas la stimulation cognitive pour tout le monde (y compris les petits vieux !). Il faudra aussi s’adapter aux tempéraments de chacun : certains auront envie de jouer à la balle pendant des heures, d’autres de renifler un tapis de fouille tranquillement à la maison.
Cette règle devrait être générale qu’on ait un ou plusieurs chiens, mais elle devient réellement cruciale si vous envisagez de vivre avec plusieurs chiens à la maison. En effet, s’il y a une faille dans le système, soyez assurés qu’ils vont la trouver !
Les règles de vie sont propres à chacun : droit ou non de monter sur le canapé ou le lit, heures des repas, lieux des repas, accès aux différentes pièces de la maison, liberté de sortir dans le jardin par une chatière ou besoin de demander à l’humain… Mais elles doivent être claires pour tous les chiens (on peut même les adapter si l’un des chiens à des besoins particuliers, tant que cela reste cohérent pour les autres).
À titre d’exemple, pour l’heure des repas, je place toujours les gamelles de chacun aux mêmes endroits, avec un peu d’écart entre chacun (voire beaucoup selon la voracité ou la possessivité de l’animal), et j’ai appris à tout le monde à respecter la gamelle du voisin. Une fois que tout le monde a fini, tournez manège pour lécher les gamelles des autres, mais c’est ok car plus personne ne sera stressé par ce comportement. Je laisse bien le temps à chacun « d’abandonner » sa gamelle avant d’autoriser les autres à venir renifler / lécher.
Il est important de proposer plus de paniers / lieux de couchages que de chiens, pour qu’il n’y ait pas de compétition entre eux. Les couchages seront disposés dans divers endroits de la maison (selon vos règles de vie), afin que chaque chien puisse choisir s’il veut être avec vous ou au calme dans une autre pièce.
On peut même leur proposer des caisses de transport où ils pourront s’isoler s’ils le souhaitent, ou bien où l’on pourra les « poser » lorsqu’ils ont besoin de se calmer. Cela nécessite un apprentissage mais cela peut vite être très utile et apprécié par les chiens.
Bien sûr, on ne peut généralement pas passer sa journée à s’occuper uniquement de ses chiens… Mais il est important de faire des activités individuelles avec chaque chien, pour qu’il ait son moment privilégié avec vous. Par exemple, une sortie en canicross avec l’un, un atelier d’obéissance avec l’autre, une balade en tête-à-tête avec le troisième… Encore une fois, à adapter au tempérament de vos chiens et au temps disponible.
A la maison, j’ai deux chiens qui sont un peu plus tendus avec la protection de ressources, jouets pour l’un, nourriture pour l’autre. J’évite donc de les laisser seuls avec des jouets ou de la nourriture ayant une forte valeur. Je peux leur laisser certains jouets ou articles à mâcher pour les occuper, mais je vais varier pour chaque chien : donner une friandise plus rapide à mastiquer à mamie, et plus longue à celle qui adore manger, afin qu’elle n’aille pas tout de suite voler les friandises des autres.
Les jouets sont rangés dans un panier où le serial border va se servir, pour ne pas les laisser traîner au milieu de la pièce et provoquer un conflit avec un autre chien qui ne ferait que passer à côté du jouet. Évidemment, je travaille aussi le « décrochage » du chien pour limiter la protection de ressources, mais on fait avec ce qu’on a !
Vivre avec plusieurs chiens à la maison n’est pas toujours tout rose. Il ne faut pas hésiter à se faire aider. Parfois, on n’a « pas le choix » : notre vie personnelle nous fait cohabiter avec une personne ayant déjà un chien, et même si les chiens ne s’entendent pas toujours très bien, on ne voudra pas forcément faire « maison à part ».
Si l’individualisation des activités, l’adaptation de l’environnement, le temps de qualité passé avec chacun ne suffisent pas à apaiser les tensions entre chiens, il ne faut pas hésiter à vous faire aider par un professionnel. Parfois les solutions seront simples, parfois ce sera plus compliqué (certaines situations peuvent nécessiter de médicaliser un ou plusieurs chiens), mais ne laissez pas tomber, faites appel à un pro !
En conclusion, réfléchissez bien à la faisabilité d’une adoption ou d’une cohabitation en amont, que ce soit matériellement, pour le bien-être de votre chien ou financièrement. Ensuite, vous adapterez votre temps, votre environnement, les activités à chacun. La cohabitation peut parfois être difficile, mais lorsqu’elle se passe bien, « c’est que du bonheur » !
Dr Marie Marossero, vétérinaire nutrition diplômée en physiothérapie et médecine du chien de sport & canicrosseuse
Parce que prendre soin de son animal est un apprentissage permanent…
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